Science #9

Quelqu’un sait-il à qui appartient ce pied ?

Vous savez maintenant que pour restaurer il faut d’abord comprendre. Les chemins qui mènent à l’information sont parsemés d’embûches et de pièges qu’il faut savoir éviter. Ainsi que le disait un ancien que l’expérience avait transformé en sage : « tout est dans le contexte ».

Les remarques qui vont suivre ne surprendront pas ceux d’entre vous qui ont déjà ouvert un ouvrage technique ou d’artisanat ancien (et par ancien, disons pré- 20 mai 1875 et la Convention du mètre). Pour les autres, accrochez-vous, ça va secouer un peu.

Dans la plupart des recettes ou méthodes anciennes, aucunes des unités de mesure ne sont standardisées. Tous les auteurs ou presque utilisent des unités différentes, souvent régionales mais pas toujours.
Sinon, ce serait trop simple.

La remarque vaut pour la plupart des disciplines, de l’architecture à l’armurerie, en passant par le mélange des couleurs du peintre ou encore les recettes de cuisine.

Avant l’ère d’internet, chercher la bonne correspondance entre les unités d’un vieil ouvrage et les unités standardisées actuelles conduisait parfois à de longues heures passées dans des bibliothèques à consulter des ouvrages poussiéreux ou dans des archives à consulter des liasses de documents comptables décrépits pour trouver la pierre de Rosette qui permettrait de chiffrer les choses précisément. Dans tous les cas, une boite de mouchoirs était indispensable.

Reproduire, par exemple, un ancien vernis avait des allures de pratiques alchimiques et exigeait de nombreux essais. Toutes les réponses sont maintenant disponibles en -presque- un clic !

D’accord, d’accord, il y a toujours besoin de faire de nombreux essais. Principalement parce que les ingrédients mentionnés ne sont plus les mêmes que maintenant bien qu’ils portent les mêmes noms. Ou qu’ils ont été jugé dangereux et qu’il faut leur trouver des remplaçants. Mais laissons cela pour un prochain article.

Je ne mentionnerai pas non plus les difficultés liées aux systèmes de mesures impériales qui ajoutent encore une difficulté à établir une concordance actualisée entre les mesures : leurs usages officiels sont maintenant limités aux Etats-Unis, au Libéria et à la Birmanie où ils coexistent avec le système international d’unités « S.I ».

Unité de mesure romaine dénommée « Modius de Ponte Punide », 4th century ACE, bronze.

Devinette : quelle a été l’unité la plus utilisée au monde ?

Réponse : L’unité la plus communément utilisée dans le monde a été le pied. C’est-à-dire ce qui se trouve au bout d’une jambe. C’est l’unité la plus anciennement documentée et que l’on retrouve dans la plupart des civilisations humaines. Tous les peuples l’avaient sous la main (#blague carambar). Seulement l’espèce humaine change de forme selon l’endroit du globe où elle se trouve…

Donc, si vous avez l’intention de vous inspirer d’une technique ancienne trouvée dans un livre pour recouvrir un fauteuil et que la méthode exige quelques pieds de tissus : renseignez-vous sur l’origine du pied en question !

Un pied anglais et un pied chinois ne sont pas les mêmes. Vous prenez le risque de vous retrouver « trop long » ou « trop court ». Et personne, oh non personne, ne veut avoir à déclouer une soierie pour tout recommencer.
L’exemple est truculent mais vous comprenez l’idée générale.

Petit aparté pour ceux d’entre vous qui espéraient regarnir vos fauteuils à la reine durant le week-end : vous pourrez consulter l’avis du respectable V&A’s sur le sujet ainsi qu’une récente étude bien documentée.

Image composite du yard en bronze n°11 (vue rapprochée près de la mesure entière), modèle original de 1855, copie américaine d’un yard impérial anglais, propriété du NIST Museum, Bethesda, Maryland, USA.

Maintenant que vous saurez vous méfier des unités trouvées dans les textes, nous allons pouvoir explorer d’anciennes recettes et méthodes dans de futurs articles.

Puisqu’il est dans l’air du temps de faire des devoirs de vacances, voici votre mission pour cette fois-ci : il y a sans doute chez vous des recettes de cuisine qui se transmettent de générations en générations, parfois griffonnées par une mère ou une grand-mère sur un morceau de papier ou dans les marges d’un livre.

Il y a de fortes chances que ces recettes mentionnent une cuillère à soupe, une cuillère à dessert ou une tasse comme unité de mesure. Sauriez-vous identifier à quel objet votre aïeul faisait référence ? Est-ce qu’il est toujours quelque part dans les tiroirs de la cuisine ?

Tous les cuisiniers ont un ustensile de prédilection. Et vous, qu’est-ce que vous préférez ?

« Double décilitre à grain », 1803, Netherlands, Inhoudsmaten droge waren uit de collectie Nmi, Rijksmuseum.