Respiration #6

Vos papiers, s’il vous plaît.

La détermination de la composition d’une pâte à papier est l’un des moyens qui permet d’en déterminer l’âge et la provenance. Des éléments comme la présence de fibres de coton indique, par exemple, une datation après les années 1790, période à laquelle le coton a été couramment ajouté à la pâte par les fabricants.

Mais comment faire lorsqu’on ne dispose pas de microscope ? Il existe quelques autres petites astuces qui permettent de se faire rapidement une idée de l’âge d’un élément en papier. La plus simple est peut-être de rechercher les traces laissées par sa fabrication même.

Au tout début, le papier est fabriqué à la main à partir de pulpe de fibres de bambous. C’est une pratique artisanale puis industrielle qui a été très documentée par les observateurs.

Paper making gif as described in the « The Exploitation of the Works of Nature », ca 1637, compiled by Song Yingxing.

Les feuilles de papier naissent de la collecte ou du coulage de pâte sur des formes, sorte de grands cadres, dont le fond est constitué de baguettes de bois. Ces dernières laissent un petite empreinte dans les feuilles de papier : les vergeures. Lorsque des fils de métal viennent remplacer le bois dans la fabrication des formes, les vergeures restent visibles dans le papier mais change un peu de silhouette (plus fines, moins marquées). Elles sont alors aussi un moyen de différencier l’origine des feuilles de papier. La ville italienne de Fabriano semble avoir été la première ville européenne dont les moulins à papier utilisent des motifs particuliers pour créer des filigranes identifiables dès le XIIème siècle, avec un premier exemple avéré en 1282.

 

Vers 1799, Louis-Nicolas Robert (1761-1828) dessine les plans d’une machine industrielle capable de produire du papier en continu. La machine est construite en Angleterre sous la supervision de John Gamble et financée par les frères Fourdrinier. Un brevet est déposé en 1801 et différentes versions apportant des améliorations sont produites et installées jusqu’en 1806. Les machines Fourdriniers connaissent alors une importante diffusion en Europe et s’implantent dans la plupart des grands sites de production industrielle de papier.

Ces machines sont capables de produire un rouleau presque infini, même dans les plus grandes largeurs. Cependant, de par leur mode de fabrication, les papiers obtenus n’ont pas de vergeures. Les papiers produits industriellement à partir de 1800 sont d’une épaisseur homogène pour la même ligne de production et ne présentent naturellement aucun filigrane.

En 1826, John Marshall invente le « dandy roll », un rouleau égoutteur-vergeur, constitué d’un rouleau recouvert d’une résille qui présente un motif. Celui-ci compresse la pâte papier par endroit ce qui en réduit l’épaisseur et crée un motif plus clair par transparence, le filigrane, lorsque la feuille de papier est éclairée par le dos.

 

A perspective view of a dandy roll in accordance with the invention of a conventional paper-making machine incorporating watermarks into the paper, by James R. Waters

En 1848, une variation du « dandy roll » est inventée : le cylindre filigraneur qui permet une plus grande précision, une plus grande subtilité et une plus grande lisibilité des motifs en filigrane.

C’est une des méthodes les plus utilisées encore aujourd’hui.

Si vous souhaitez vous plonger dans l’identification et la datation des papiers anciens et modernes par leur filigrane, vous trouverez beaucoup d’informations pertinentes dans ce document rédigé par le Bibliothèque Nationale de France.
Et maintenant que vous savez tout, sauriez-vous identifier les techniques et la date de cette œuvre -attention, il y a un piège- ?

Decorative paper with Chinoiserie motifs, Johann Carl Munck, 1750 – 1794 Brocade paper, h 321mm × w 390mm, Rijkmuseum, Amsterdam

Vous trouverez la réponse complète ici.