Art #10

Bûche de Noël

Il y a quelques années, rappelez-vous, dès le début du mois de décembre, les devantures des patisseries et les magazines de mode se mettaient à fleurir d’éléments étranges. Un phénomène irrépressible qui touchait le monde des desserts : le renouveau de la bûche de Noël.

Pas un styliste digne de ce nom qui ne soit sans sa version de la très « traditionnelle » bûche de Noël, depuis les cuisiniers de renom jusqu’aux spécialistes de domaines bien plus éloignés, bien souvent monnayée à prix d’or.

De nos jours, cette mode est un peu passée au profit d’un retour au source, très DIY et très dans l’air du temps. La compétition demeure entre les cuisiniers et les innombrables blogs culinaires, qui offrent tous une version « moderne », « facile » ou «originale » de la bonne vieille roulade à la crème au beurre et au chocolat.

La «traditionnelle » bûche n’est pas si traditionnelle qu’il y paraît, du moins, certainement pas très ancienne.

En toute honnêteté, personne n’aime vraiment la bûche…

C’est un peu le clou d’un spectacle attendu et appréhendé par tout le monde, qui met en scène un repas interminable où -trop- de mets circulent dans une ambiance familiale : soit un prélude à une digestion difficile. Ne faites pas la moue, vous savez très exactement de quoi je veux parler.

Mais revenons à notre héroïne du jour.

Il semble que la bûche de Noël ait tout d’abord été -pause pour le suspens- : une bûche ! Du genre sacrée et aux origines perdues loin dans la nuit des temps.

Si vous en êtes tombé de votre chaise, relevez-vous. Vous faites désordre, en tas, comme ça.

Cette bûche que l’on brûlait autour des fêtes de Yule était éteinte avant qu’elle ne soit totalement consommée. Précieusement conservée jusqu’aux fêtes de l’année suivante, elle servait à rallumer le feu dans l’âtre du foyer pour réchauffer le clan qui s’y tenait.

Tout le tintamarre autour du chocolat, du beurre et du cholestérol remonte supposément au XIXème siècle (encore lui!). Le gâteau et ses variantes les plus anciennes sont pourtant directement inspirées de la bûche de bois, avec sa branchette découpée sur le côté et son décor rugueux fait à la fourchette. Les bûches se parent aussi d’éléments qui rappellent leur origine forestière : champignons en meringues, feuilles en chocolat, petits animaux en marzipan.

En revanche, personne ne sait vraiment d’où proviennent les lutins bûcherons en plastique.

Le glissement d’une tradition à une autre qui en reprend le fond en en modifiant la forme est un poncif de l’histoire humaine. Il est courant pour les anthropologues d’identifier une tradition récente comme étant une valeur très ancienne qui se pare simplement de nouveau habits.

En cette période de fêtes de fin d’année, prenez quelques instant pour regarder autour de vous : l’héritage de ceux qui étaient là avant nous est partout, caché en pleine lumière.

Vous le faîtes probablement vous même. Ce sont de petites choses, comme ces décorations pour le sapin, un peu bêtes, plus très jolies, que vos enfants moquent mais qu’ils garderont et sans lesquelles il n’a pas l’air fini.

Alors quand viendra le moment de la bûche, rappelez-vous : elle garantit que la chaleur et la lumière reviendront dans votre foyer.

Très bonne fêtes à tous !