Technique #7

Kintsugi

Ou la réparation en Or, petit essai sur la conservation occidentale.

La technique de restauration japonaise du « Kintsugi » est très ancienne. Son origine reste controversée : les premières pièces connues remontent au XVe siècle sur des pièces de céramique datant du XIVe siècle et la petite histoire y voit une méthode alternative à celle des agrafes.

La « réparation en or » est intrinsèquement liée à l’art du laque. Elle consiste à réparer un élément cassé, le plus souvent une céramique ancienne, avec une résine « Urushi » (issue de la sève de Toxicodendron vernicifluum), mêlée de poudre d’Or ou d’autres métaux précieux.

Les céramistes contemporains se sont emparés de cette technique pour enrichir leur œuvres et on ne compte plus les sites internets qui en font commerce. Des kits tout prêts pour « faire comme » sont récemment apparus sur le marché et permettent de transformer un bol Ikea en morceaux en une pièce clinquante, au propre comme au figuré.

Le Kintsugi pratiqué au Japon repose sur des principes sociaux et philosophiques particuliers où la notion occidentale de conservation est mise à mal et où des causes identiques ont des effets différents.

Si le contexte historique qui amène à la réparation prime dans les deux cas, les stratégies mises en place pour pallier à la défiguration et à la perte de lisibilité de l’objet sont différentes.

L’une rend apparentes voire magnifie les traces de restauration, l’autre les atténue le plus possible. L’une accepte cet événement de la vie de l’objet, l’autre tente d’en atténuer les effets.

La technique du Kintsugi est traditionnellement réservée aux pièces exceptionnelles : les collections d’un musée en font partie et pourraient justifier que l’une et l’autre méthode soit étudiée.

Le choix d’intégrer un objet dans les collections d’un musée est un choix éclairé, dicté par une exigence scientifique et culturelle au service d’une volonté sociétale. Ce n’est pas un acte anodin. L’existence de l’objet au sein des collections en fait le témoin privilégié de deux contextes historiques précis, celui de sa création et celui de son entrée dans les collections : sa vie ne s’arrête pas mais continue.

Fondamentalement, ce sont deux conceptions de la conservation qui s’oppose sans que l’une ne soit supérieure à l’autre.