Respiration #4

L’art de bien faire les choses

Le patrimoine technique et industriel est lié au patrimoine culturel depuis les années 1970 malgré le fait que ce dernier soit historiquement, en France, plutôt lié à “l’art”.
Pourtant, certains éléments artistiques sont des témoins iconographiques pour l’industrie et ce bien avant ces années flower power et contestataires.

Penser l’objet d’art comme objet qui requiert de la technique, c’est aussi considérer que le patrimoine technique et industriel peut participer de cette définition. Ainsi, si les qualités intrinsèques des objets sont différentes in fine, les fondements qui les soutiennent sont identiques. L’exemple de la fonte d’art peut illustrer cette ambivalence et la difficulté ou, plus symbolique encore, le lien interdépendant qui existent entre industrie et couleurs depuis l’invention du pigment et le développement de la chimie des couleurs.

La dichotomie art/industrie n’est pas initialement posée ainsi qu’elle peut sembler aujourd’hui. Il faut se reporter à la fin du XIXe siècle pour voir apparaître une séparation croissante entre Art et Industrie sous-tendue par les progrès de la mécanisation qui nie progressivement l’acte humain individuel sur la fabrication de l’objet.
L’utilisation de la grande galerie du Louvre pour les salons s’en fait l’écho: au départ s’y côtoyaient allégrement génie artistique et génie technique sans que personne n’y trouve redire. Et oui, cher lecteur, le patrimoine technique et industriel était au Louvre bien avant la Vénus de Milo. Boutons la Vénus hors des salles, boutons ! Et exigeons l’arrivée d’un marteau-pilon dans la salle des Caryatides.

Les intellectuels tentent lors de cette période de circonvenir cette tendance en créant et en soutenant des mouvements comme celui des Arts décoratifs. C’est à cette période que naît “l’Union Centrale des Arts Décoratifs” à Paris (1882). Son but annoncé est de promouvoir le développement conjoint de l’art et de l’industrie : créer des objets tout à la fois beaux et utiles.
La présence de l’art dans l’industrie s’est faite progressivement discrète pour revenir en force par le biais des designers et autres architectes qui créent pour la production en masse des modèles d’objets tendance tellement trendy qu’ils en sont hors de prix ou qu’ils remplissent les pages du catalogue IKEA.
Je m’égare mais rappelez-moi de demander à Jean-Knupp de me rapporter un set de 150.000 bougies Varukdall en édition limitée en promo.

La position de l’artiste a évoluée sur le sujet du patrimoine technique et industriel. Souvent peint au XIXe, le monde industriel s’expose sur les cimaises des musées et célèbre la machine et la pénibilité du travail des ouvriers, ainsi que la personnalité des industriels et de leur famille. Soit un art souvent porteur d’une dimension sociale importante.

Puis au XXe, les artistes continuent de s’inspirer du monde industriel dans une beaucoup plus large acception: les objets dénoncent le mythe capitaliste porté par l’industrie (Avant-garde russe, Pop Art…) ou encore l’écrasement de l’individu par la machine et les terreurs apocalyptiques qui vont avec (cinéma américain depuis Métropolis de Fritz Lang jusqu’à la trilogie Matrix).

Pour conclure, l’illustration parfaite des paradoxes et des enjeux de la relation entre patrimoine technique et industriel et Art se trouve dans des bâtiments que l’on redécouvre actuellement, Grand Palais ou Bibliothèque Sainte Geneviève en tête. Ils apparaissent comme l’expression de la cohabitation heureuse et dépassionnée des deux éléments – bien que l’histoire industrielle soit longtemps passée au second plan.